CBC cannabinoïde et CBDV : le guide des cannabinoïdes mineurs
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CBC cannabinoïde : c'est quoi exactement ?
Le CBC, ou cannabichromène, est un phytocannabinoïde : un cannabinoïde produit par la plante Cannabis sativa L. Il s'accumule dans les trichomes glandulaires, les glandes à résine des fleurs. Plus de 90 cannabinoïdes ont été décrits dans la littérature scientifique (André, Hausman et Guerriero, Frontiers in Plant Science, 2016).
La revue de Walsh, McKinney et Holmes (Frontiers in Pharmacology, 2021) qualifie de « mineurs » les cannabinoïdes présents en plus petites quantités que le THC et le CBD.
D'où vient le CBC dans la plante ?
Tout part du CBGA, l'acide cannabigérolique, que la plante assemble à partir d'acide olivétolique et de géranyl pyrophosphate. Plusieurs enzymes se partagent ensuite ce précurseur commun : la CBDA synthase produit le CBDA, la CBCA synthase produit le CBCA, l'acide cannabichroménique.
Le CBC se forme ensuite par décarboxylation : sous l'effet de la chaleur ou de la lumière, le CBCA perd son groupement acide, sans intervention d'enzyme. Ce passage à la forme neutre est détaillé dans notre article sur le CBDA, le CBGA et les huiles raw.
D'après des mesures in vitro résumées par Roy et ses collègues (Journal of Natural Products, 2024), le cannabichromène présente une très faible affinité pour le récepteur CB1. Ces auteurs le décrivent comme non psychoactif et soulignent que son métabolisme chez l'humain reste mal connu.
Le CBC est un cannabinoïde naturel du chanvre, issu du CBGA via le CBCA. La plante en produit peu, et les données chez l'humain sont très limitées.
CBDV : c'est quoi, la cannabidivarine ?
Le CBDV, ou cannabidivarine, est un phytocannabinoïde très proche du cannabidiol par sa structure. La différence tient à la chaîne latérale : trois atomes de carbone (chaîne propyle) pour le CBDV, cinq (chaîne pentyle) pour le CBD. Ces cannabinoïdes à chaîne courte sont dits propyliques, ou « varines », d'où le « V ».
Un autre précurseur : le CBGVA
Les varines suivent une voie parallèle à celle du CBGA. L'acide divarinolique y remplace l'acide olivétolique, et le produit obtenu s'appelle le CBGVA (acide cannabigérovarinique), précurseur des cannabinoïdes à chaîne propyle selon Walsh, McKinney et Holmes (2021). Viennent ensuite une forme acide, le CBDVA, puis le CBDV après décarboxylation.
Une rareté d'origine génétique
Selon de Meijer et Hammond (Euphytica, 2016), les plantes presque exclusivement composées de cannabinoïdes à cinq carbones sont de loin les plus répandues et constituent le type « sauvage ». Dans les lignées atypiques qu'ils ont étudiées, les cannabinoïdes propyliques représentaient 14 à 69 % de la fraction cannabinoïde, et la sélection a porté cette part jusqu'à 96 %.
Une variété de chanvre ordinaire contient donc très peu de varines.
Pour replacer ces deux molécules face aux cannabinoïdes les plus connus, lis notre comparatif CBD, CBN, CBG : les différences, puis nos dossiers sur l'huile de CBG et l'huile de CBN.
CBC, CBDV, CBD : quelles différences ?
Le cannabidiol est rappelé ici comme point de repère.
| Critère | CBC (cannabichromène) | CBDV (cannabidivarine) | CBD (cannabidiol), rappel |
|---|---|---|---|
| Origine dans la plante | CBGA, puis CBCA (CBCA synthase) | CBGVA, puis CBDVA | CBGA, puis CBDA (CBDA synthase) |
| Chaîne latérale | 5 carbones | 3 carbones | 5 carbones |
| Teneur typique | Faible : 0,09 à 0,22 % de la fleur sèche sur des plantes de type drogue (André et al., 2016) | Très faible, souvent non détectée hors variétés sélectionnées | Cannabinoïde majoritaire des variétés de chanvre riches en CBD |
| Sur un certificat d'analyse | Valeur basse ou « < LOQ » | Souvent « ND » ou « < LOQ » | Ligne principale |
| Niveau de preuve | Préclinique. Aucun essai d'efficacité chez l'humain recensé (Sepulveda et al., 2024) | Essais pharmaceutiques de phases 1 et 2. Essai principal négatif (Brodie et al., 2021) | Molécule la plus documentée. Examen critique de l'OMS en 2018 |
| Statut en France | Non cité dans les décisions ANSM consultées. Aucun texte dédié | Non cité dans les décisions ANSM consultées. Aucun texte dédié | Encadré par l'arrêté du 30 décembre 2021 |
| Ingestion dans l'UE | Cadre des nouveaux aliments, aucune autorisation à ce jour | ||
Quelle teneur en CBC et en CBDV dans le chanvre et dans un extrait ?
Le CBC : quelques dixièmes de pour cent au plus
La plupart des variétés ne produisent que de petites quantités de CBC, indique la revue de Sepulveda et ses collègues (Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics, 2024). André et al. (2016) donnent un ordre de grandeur : 900 à 2 200 µg par gramme de fleur sèche sur des plantes de type drogue, soit 0,09 à 0,22 %.
Le CBCA domine la fraction cannabinoïde des jeunes plants, puis recule avec la maturation (André et al., 2016). Sur 33 produits de producteurs autorisés canadiens analysés par Mudge, Murch et Brown (Scientific Reports, 2018), neuf ne présentaient aucun niveau détectable de CBC.
Un exemple d'extrait, cité par Sepulveda : une huile de cannabis utilisée dans une étude de pharmacocinétique titrait 20 mg/mL de CBD pour 1,1 mg/mL de CBC, soit environ 5 % de la concentration en cannabidiol.
Le CBDV : souvent sous le seuil de détection
- Sur huit échantillons de chanvre riche en CBD achetés en Suisse, le CBDV restait sous la limite de détection d'une méthode par chromatographie liquide avec détection UV (Zivovinovic et al., Journal of Analytical Science and Technology, 2018).
- Sur les 33 produits canadiens de Mudge et ses collègues (2018), il n'a été détecté dans aucun échantillon.
- Sur 14 huiles de CBD du commerce européen, Pavlovic et ses collègues (Molecules, 2018) en ont repéré dans tous les échantillons, grâce à une analyse non ciblée en spectrométrie de masse haute résolution.
Ces résultats se concilient : les méthodes n'ont pas la même sensibilité. Aucune source consultée ne fournit de teneur moyenne en CBC ou en CBDV pour les huiles de chanvre vendues en Europe. La référence reste le certificat d'analyse du lot.
Les cannabinoïdes mineurs se rencontrent, avec les terpènes, dans les extraits qui conservent la diversité de la plante. L'extraction et le raffinage déterminent ce qu'il en reste dans l'huile : voir notre guide full spectrum, broad spectrum, isolat. Leur rôle éventuel au sein d'un extrait reste une hypothèse, présentée dans notre article sur l'effet d'entourage.
Comment sont obtenus le CBC et le CBDV vendus isolés ?
Quand une étiquette affiche plusieurs pour cent de CBC ou de CBDV, la molécule a été concentrée ou ajoutée. Deux voies existent.
- La purification à partir de la plante. Elle suppose une matière première riche : pour le CBDV, des lignées sélectionnées pour leurs cannabinoïdes propyliques, comme celles décrites par de Meijer et Hammond (2016).
- La synthèse chimique. Pour le CBC, Sepulveda et al. (2024) décrivent une fabrication à partir de citral et d'olivétol, avec des rendements rapportés entre 40 et 75 % selon les conditions de réaction.
Aucune source indépendante consultée ne documente la voie utilisée pour les isolats du commerce. L'information compte, car une molécule de synthèse et un extrait de chanvre ne relèvent pas de la même analyse réglementaire. Les molécules de synthèse ou hémi-synthétiques classées comme stupéfiants sont traitées dans notre article sur les cannabinoïdes de synthèse.
Devant un produit annoncé « enrichi en CBC » ou « au CBDV », demande le certificat d'analyse du lot fini, avec une ligne chiffrée pour la molécule mise en avant, et l'origine de cette molécule (extrait de chanvre ou synthèse).
Que dit la recherche sur le CBC et le CBDV ?
Aucune des études ci-dessous ne porte sur un produit de bien-être, et aucune ne permet d'attribuer un effet à une huile du commerce.
CBC : un dossier préclinique
La revue de Sepulveda et al. (2024) recense des travaux sur des cultures de cellules et de bactéries, des rongeurs et le poisson-zèbre. Le cannabichromène y a été étudié dans des modèles d'inflammation, de nociception et de crises convulsives, avec des résultats variables : dans un test de crises provoquées par électrochoc chez la souris, il s'est montré inefficace.
Chez l'humain, les données se limitent à une étude de pharmacocinétique menée avec un extrait contenant du CBD, du THC et du CBC. La revue ne recense aucun essai clinique d'efficacité, et ses auteurs relèvent que des produits au CBC sont déjà vendus alors que les preuves de sécurité et d'efficacité font défaut. Roy et ses collègues (2024) ajoutent que le métabolisme du CBC diffère entre la souris et l'humain : un résultat obtenu chez le rongeur ne se transpose pas directement.
CBDV : des essais cliniques pharmaceutiques, négatifs ou préliminaires
Le CBDV a été développé comme candidat médicament, sous le code GWP42006, par le laboratoire britannique GW Research. Il s'agit de recherche pharmaceutique, menée avec une solution buvable administrée sous contrôle médical, sans rapport avec les produits de bien-être.
- Épilepsie focale (phase 2, négatif). Brodie et ses collègues (Cannabis and Cannabinoid Research, 2021) ont inclus 162 adultes aux crises focales mal contrôlées. Après 8 semaines, la fréquence des crises avait baissé de 40,5 % sous CBDV et de 37,7 % sous placebo, une différence non significative (p = 0,648). Des événements indésirables ont été rapportés chez 72,8 % des participants sous CBDV contre 48,1 % sous placebo, surtout diarrhées, nausées et somnolence.
- Douleur neuropathique liée au VIH (phase 2, négatif). Dans un essai croisé de l'hôpital de la Charité, à Berlin, mené sur 32 patients, le CBDV n'a pas fait mieux que le placebo, selon les résultats déposés au registre européen des essais cliniques.
- Syndrome de Rett (phase 1). Une équipe australienne (Hurley et al., American Epilepsy Society, 2020, puis Epilepsia, 2022) a suivi 5 enfants atteints d'une épilepsie résistante. La charge mensuelle de crises a diminué chez les cinq (réduction médiane de 80 %). Un effectif aussi réduit ne permet pas de conclure.
- Troubles du spectre de l'autisme (exploratoire). Pretzsch et ses collègues (Translational Psychiatry, 2019) ont administré une dose unique de CBDV ou de placebo à 34 hommes adultes, dont 17 avec un trouble du spectre de l'autisme. Le critère, biochimique (spectroscopie par résonance magnétique), ne renseigne pas sur les symptômes. Un essai de phase 2 chez l'enfant et l'adolescent (NCT03202303, Montefiore Medical Center) a démarré en avril 2019. Sa fiche ClinicalTrials.gov, mise à jour en octobre 2025, l'indique en cours de recrutement, sans résultat disponible.
Le CBDV bénéficie depuis le 16 octobre 2017 d'une désignation européenne de médicament orphelin dans le syndrome de Rett, selon l'Agence européenne des médicaments. Ce statut de développement ne vaut pas autorisation de mise sur le marché.
Lire « le CBDV a été testé dans l'épilepsie » et en déduire qu'une huile contenant des traces de CBDV agit sur la santé. Les essais portent sur un candidat médicament purifié, et le plus grand n'a pas fait mieux que le placebo.
CBC légal en France : quel statut pour le CBC et le CBDV ?
La législation française ne nomme ni le cannabichromène ni la cannabidivarine. La réponse tient donc en deux temps.
Ce qui est établi
- Stupéfiants. Les décisions de l'ANSM entrées en vigueur le 13 juin 2023 et le 3 juin 2024 ont inscrit sur la liste des stupéfiants plusieurs cannabinoïdes hémi-synthétiques et de synthèse. Les communications de l'agence consultées, dont la seconde a été mise à jour le 11 mars 2025, ne citent ni le CBC ni le CBDV.
- Chanvre et THC. Le cadre général reste celui de l'arrêté du 30 décembre 2021, avec un seuil de 0,3 % de THC sur la plante et des règles propres au produit fini. Un extrait de chanvre y reste soumis, quelle que soit sa teneur en cannabinoïdes mineurs : voir notre guide légal du CBD en France.
- Ingestion. Dans l'Union européenne, les extraits de chanvre contenant des cannabinoïdes relèvent du règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments, et aucun n'est autorisé à ce jour. Voir notre article sur l'avis de l'EFSA sur le CBD nouvel aliment.
- Niveau international. Le rapport d'examen critique de l'OMS de 2018 porte sur le cannabidiol et ne traite ni du CBC ni du CBDV.
Ce qui reste flou
Nous n'avons identifié aucun texte français ni aucune position officielle consacrés à ces deux molécules. Leur situation se déduit du cadre général, avec deux incertitudes.
- L'origine de la molécule. Un CBC ou un CBDV obtenu par synthèse puis ajouté à une huile pose une question différente de celle d'un extrait qui en contient naturellement. Aucun texte consulté ne tranche ce cas.
- Les outils européens. La Commission européenne présente son catalogue Novel Food comme un outil non contraignant. Sa base CosIng des ingrédients cosmétiques a une valeur informative : un nom INCI à l'inventaire ne vaut pas approbation, seul le règlement (CE) n° 1223/2009 fait foi.
Comment lire les lignes CBC et CBDV d'un certificat d'analyse ?
Le CBC et le CBDV occupent en général le bas du tableau des cannabinoïdes. Trois types de résultats reviennent.
- ND (non détecté). Le signal se situe sous la limite de détection. La ligne directrice ICH Q2(R2), publiée par l'Agence européenne des médicaments, la définit comme la plus petite quantité détectable, sans qu'elle soit forcément quantifiable avec exactitude.
- < LOQ (inférieur à la limite de quantification). La molécule est détectée, à un niveau trop bas pour être chiffré de façon fiable. La limite de quantification est la plus petite quantité mesurable avec une précision et une exactitude suffisantes.
- Une valeur chiffrée. Le laboratoire a pu mesurer la molécule, en général à un pourcentage très faible.
Quatre vérifications utiles
- Repère la LOQ du laboratoire. Un « ND » signifie seulement que la molécule se trouve sous le seuil de la méthode.
- Convertis les unités. 0,1 % correspond à 1 mg par gramme de produit. Une ligne à 0,05 % représente donc 0,5 mg par gramme.
- Compare avec l'étiquette. Un produit qui met en avant le CBC ou le CBDV doit afficher une valeur chiffrée, cohérente avec la teneur annoncée.
- Contrôle le lot. Son numéro doit correspondre à celui du flacon.
Un rapport sans ligne CBC ni CBDV indique que le laboratoire ne les a pas recherchés. Une ligne « CBC : 0,08 % » sur un extrait à spectre complet n'a rien d'anormal et ne dit rien d'un éventuel effet du produit. Pour la lecture complète d'un rapport, consulte notre méthode pour lire un certificat d'analyse. Pour replacer ce critère parmi les autres points de qualité, notre guide comment choisir son huile CBD reste la référence.
Questions fréquentes
Le CBC cannabinoïde, c'est quoi ?
Le CBC, ou cannabichromène, est un cannabinoïde naturellement produit par le chanvre. Il dérive du CBGA, via une forme acide appelée CBCA, puis se forme par décarboxylation. La plante en produit peu, ce qui le classe parmi les cannabinoïdes mineurs.
Le CBDV est-il la même chose que le CBD ?
Non. Le CBDV, ou cannabidivarine, possède une chaîne latérale de trois carbones, contre cinq pour le CBD. Il provient d'un autre précurseur, le CBGVA, et la plupart des variétés de chanvre n'en contiennent que des traces.
Le CBC est-il légal en France ?
Le CBC ne figure pas dans les décisions de l'ANSM de 2023 et 2024 qui ont classé plusieurs cannabinoïdes comme stupéfiants, et aucun texte français ne lui est consacré. Un extrait de chanvre qui en contient relève du cadre général du chanvre, avec le seuil de 0,3 % de THC sur la plante. La situation d'un CBC de synthèse n'est tranchée par aucun texte consulté.
Le CBC et le CBDV sont-ils psychoactifs ?
Les publications consultées décrivent pour ces deux molécules une faible affinité pour le récepteur CB1, et Roy et ses collègues (2024) qualifient le CBC de non psychoactif. Les données chez l'humain restent limitées. De la somnolence a été rapportée dans les essais pharmaceutiques sur le CBDV.
Pourquoi mon certificat d'analyse indique « ND » pour le CBDV ?
« ND » veut dire non détecté : la quantité présente se situe sous la limite de détection de la méthode du laboratoire. C'est un résultat courant pour le CBDV, absent ou à l'état de traces dans la plupart des variétés.
En résumé
Le CBC et le CBDV sont deux cannabinoïdes mineurs naturellement présents dans le chanvre. Le premier naît du CBGA, comme le cannabidiol. Le second vient du CBGVA et appartient aux varines, rares hors variétés sélectionnées. Leurs teneurs restent basses, dans la plante comme dans un extrait à spectre complet. La recherche sur le CBC est préclinique, celle sur le CBDV relève du médicament, avec un essai principal négatif. En France, aucune décision de l'ANSM consultée ne cite ces molécules, aucun texte ne leur est dédié, et leur ingestion relève du cadre européen des nouveaux aliments. Sur un produit, le repère solide reste le certificat d'analyse du lot.