Cannabis Suisse 2026 : vente en pharmacie, l'étude SCRIPT décryptée
Calm&Co
Cannabis en Suisse en 2026 : que dit la loi ?
En Suisse, le cannabis contenant 1 % de THC ou plus est un stupéfiant interdit, soumis à la loi sur les stupéfiants (LStup). En dessous de ce seuil, le chanvre sort du champ de cette loi et relève d'autres réglementations, selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Pour un adulte, la consommation est passible d'une amende de 100 francs suisses, indique le portail officiel ch.ch. Préparer 10 grammes au maximum pour sa propre consommation n'est pas punissable. La vente reste interdite hors cadre scientifique.
L'exception : les essais pilotes de l'article 8a LStup
Une modification de la LStup, adoptée le 25 septembre 2020 et en vigueur depuis le 15 mai 2021, permet à l'OFSP d'autoriser des essais pilotes de remise de cannabis à des fins non médicales. Cette disposition est valable dix ans. Son ordonnance d'application, l'OEPStup (RS 812.121.5), fixe les mêmes règles pour chaque projet :
- Taille et durée : 5 000 participants au maximum, cinq ans au plus, prolongation possible de deux ans.
- Participants : adultes domiciliés dans le canton concerné, qui consomment déjà du cannabis. Mineurs, femmes enceintes ou allaitantes exclus.
- Produits : THC plafonné à 20 %, emballage scellé avec mise en garde sanitaire.
- Quantité : 10 grammes de THC par mois et par personne.
- Interdictions : publicité, consommation dans l'espace public, remise à des tiers.
Le seuil suisse de 1 % de THC est plus élevé que le seuil français de 0,3 %. Un produit au chanvre vendu librement en Suisse peut donc être un stupéfiant au regard de la législation française. Notre article sur la différence entre chanvre et cannabis explique ce qui sépare ces deux usages d'une même plante.
Étude SCRIPT : comment fonctionne la vente de cannabis en pharmacie ?
SCRIPT signifie « Safer Cannabis Research In Pharmacies randomized controlled Trial ». L'étude est menée par l'Université de Berne avec l'Université de Lucerne, sous la responsabilité du professeur Reto Auer. Financée par le Fonds national suisse et le Fonds de prévention du tabagisme, elle évalue les effets d'une vente régulée en pharmacie, associée à un entretien de conseil, sur des personnes qui consommaient déjà.
Un essai randomisé, deux groupes
Les 1 177 participants ont été répartis par tirage au sort. 588 ont eu accès immédiatement aux pharmacies de l'étude. 589 ont formé le groupe témoin, sans accès pendant six mois. La comparaison porte sur ces six mois.
Qui participe, et où ?
Le recrutement a commencé à Berne le 22 novembre 2023 et à Lucerne le 9 avril 2024. Il a été clos en août 2025. Neuf pharmacies participent : cinq à Berne, une à Bienne, trois à Lucerne. Les conditions d'entrée étaient les suivantes :
- avoir 18 ans ou plus ;
- être domicilié dans le canton de Berne ou dans la ville de Lucerne ;
- avoir consommé régulièrement du cannabis au cours des six mois précédents, avec un test urinaire positif au THC ;
- ne pas être enceinte ni présenter de maladie psychiatrique grave.
À l'inclusion, l'âge moyen était de 34 ans. 52,1 % des participants déclaraient une consommation quotidienne, 47,7 % une consommation hebdomadaire.
Quels produits, sous quelles contraintes ?
Quatre familles de produits sont proposées : fleurs, résines, e-liquides et teintures. Leur teneur en THC ne dépasse pas 20 %. Chaque achat est limité à 2 grammes de THC, avec un plafond de 10 grammes par mois. L'emballage est neutre et porte surtout des mises en garde. Le prix intègre une taxe simulée qui finance notamment les entretiens de conseil.
SCRIPT est une étude fermée : le recrutement est clos depuis août 2025. L'OFSP a autorisé en septembre 2025 une prolongation de deux ans. Les achats en pharmacie restent possibles pour les participants jusqu'au 31 octobre 2028, et l'étude doit se terminer fin 2029.
Quels sont les premiers résultats de l'étude SCRIPT après six mois ?
Les chiffres ci-dessous viennent du rapport intermédiaire daté du 4 septembre 2026.
Fréquence de consommation : peu de changement
Selon les auteurs, la distribution en pharmacie « n'a pas eu d'influence perceptible sur la fréquence de consommation ». La part de consommateurs quotidiens passe de 49 % à 47 % dans le groupe avec accès, et de 55 % à 51 % dans le groupe témoin.
Modes de consommation : moins de combustion exclusive
- Groupe avec accès : la part de personnes qui consomment uniquement en fumant passe de 78 % à 58 %. Les formes sans fumée seules passent de 6 % à 13 %, l'usage mixte de 15 % à 19 %.
- Groupe témoin : la consommation uniquement fumée passe de 82 % à 78 %, les formes sans fumée de 6 % à 7 %.
Le rapport associe l'inhalation de fumée à des risques pour la santé.
Approvisionnement : le marché illicite reste présent
Dans les sept jours précédant la visite à six mois, 67 % des participants du groupe avec accès avaient acheté des produits de l'étude. Sur la même période, 43 % avaient aussi acheté sur le marché illicite (40 % pour les seuls produits à fumer). Dans le groupe témoin, 90 % s'étaient approvisionnés sur le marché illicite. Les auteurs précisent que SCRIPT n'a pas été conçue pour évincer ce marché.
Sécurité et incidents
Le rapport recense 51 événements indésirables graves chez 45 participants en six mois : 26 dans le groupe avec accès, 25 dans le groupe témoin. Pour un événement, un lien avec l'étude ne peut pas être exclu à ce stade. Un cas de revente non autorisée a été signalé.
Les participants ont aussi remis 127 échantillons achetés hors étude, analysés en laboratoire. Neuf présentaient des anomalies liées à des cannabinoïdes de synthèse.
Quelles sont les limites de ces résultats ?
Les auteurs détaillent ce que leur rapport ne permet pas de dire.
- Résultats préliminaires. Ils n'ont pas encore été évalués par des pairs.
- Pas de test statistique publié. Le rapport relu présente des pourcentages descriptifs, sans intervalle de confiance ni test de significativité.
- Critère principal non tranché. Il porte sur l'arrêt de la consommation fumée de tabac et de cannabis. Le rapport intermédiaire ne donne pas de résultat final sur ce point.
- Population particulière. Tous les participants consommaient déjà régulièrement. L'étude ne dit rien des effets sur les personnes qui ne consomment pas, ni sur les mineurs.
- Portée limitée. Les auteurs parlent d'une validité interne élevée mais d'une validité externe limitée. Six mois de suivi sur 1 177 personnes ne décrivent pas un marché ouvert à tous.
Le rapport demande à être lu avec les autres travaux, dont l'évaluation commandée par l'OFSP. Datée du 17 novembre 2025, elle comptait environ 10 400 adultes inscrits dans sept essais en juin 2025, sans données de santé consolidées à ce stade.
Lire ces chiffres comme la preuve qu'une légalisation n'augmente pas la consommation. L'étude mesure l'effet d'un accès en pharmacie sur des adultes déjà consommateurs, pendant six mois, dans trois villes. L'OFSP rappelle par ailleurs qu'une consommation régulière et importante expose à des risques, notamment de dépendance.
Essais pilotes de cannabis en Suisse : les huit projets autorisés
L'OFSP recense huit essais pilotes autorisés, avec des canaux de vente différents. Le tableau reprend ses fiches, relues le 5 octobre 2026.
| Essai pilote | Lieu | Canal de vente | Participants prévus | Période indiquée par l'OFSP |
|---|---|---|---|---|
| WeedCare | Canton de Bâle-Ville | Pharmacies | 374 | Septembre 2022 à janvier 2027 |
| ZüriCan | Ville de Zurich | Pharmacies, centre d'information sur les drogues, social clubs associatifs | 3 000 | Mars 2023 à octobre 2026 |
| La Cannabinothèque | Vernier (Genève) | Magasin spécialisé sans but lucratif | 1 080 | Juin 2023 à juin 2027 |
| Cann-L | Lausanne | Magasin spécialisé sans but lucratif | 1 600 | Juillet 2023 à juin 2027 |
| Grashaus Projects | Allschwil et Liestal (Bâle-Campagne) | Magasins spécialisés | 3 950 | Novembre 2023 à octobre 2028 |
| SCRIPT | Berne, Bienne, Lucerne | Pharmacies, sans but lucratif | 1 091 (fiche OFSP) ; 1 177 randomisés (rapport 2026) | Mai 2024 à avril 2026 sur la fiche ; achats prolongés jusqu'au 31 octobre 2028 selon le rapport |
| Cannabis Research Zürich | Six communes du canton de Zurich | Pharmacies et magasins spécialisés | 7 500 | Mai 2024 à décembre 2028 |
| CanLeg | Cinq communes du canton de Saint-Gall | Magasins spécialisés, pharmacies, commande en ligne avec livraison | 5 000 | Mai 2026 à mai 2031 |
Les effectifs sont des tailles d'échantillon prévues. Les fiches ne reflètent pas toujours les prolongations : celle de SCRIPT affiche encore une fin en avril 2026.
Cannabis légal en Suisse : où en est le projet de loi fédéral ?
Les essais pilotes sont temporaires. La suite se joue au Parlement, autour de l'initiative parlementaire 20.473 de Heinz Siegenthaler, qui vise à réguler le marché du cannabis.
La chronologie
- 2021 : les commissions de la santé des deux chambres donnent suite à l'initiative.
- 14 février 2025 : la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N) annonce l'adoption d'un avant-projet de loi sur les produits cannabiques, par 14 voix contre 9 et 2 abstentions.
- 29 août 2025 : ouverture de la consultation, jusqu'au 1er décembre 2025.
- 8 mai 2026 : la CSSS-N décide par 16 voix contre 8 et 1 abstention de poursuivre les travaux. Elle charge sa sous-commission de remanier le projet.
Ce que prévoit l'avant-projet
- cannabis toujours classé comme stupéfiant, avec un accès réservé aux adultes résidant en Suisse ;
- culture pour usage personnel limitée à trois plantes femelles en floraison par adulte ;
- production commerciale soumise à autorisation fédérale ;
- vente sans but lucratif, dans un nombre limité de points de vente sous concession cantonale, avec une seule concession pour la vente en ligne ;
- taxe d'incitation calculée selon la teneur en THC ;
- publicité interdite, emballages neutres avec avertissements ;
- vente interdite aux mineurs et tolérance zéro au volant.
Les critiques issues de la consultation
Selon le communiqué du 8 mai 2026, une majorité de cantons rejette le projet actuel. Les villes, les organisations de prévention et la filière du chanvre y sont majoritairement favorables. Les critiques portent sur la protection de la jeunesse, la complexité de la mise en œuvre et la vente en ligne.
La sous-commission doit reprendre ces points dans le courant de l'année 2026. Au 5 octobre 2026, aucun communiqué officiel plus récent n'a été trouvé sur ce dossier. Le rapport SCRIPT évoque une entrée en vigueur au plus tôt en 2031, ce qui pose la question d'une solution transitoire après octobre 2028.
Et pour un Français ?
Rien de ce qui précède ne modifie ta situation. En France, le cannabis contenant du THC est classé comme stupéfiant. Son usage, sa détention, son transport et sa vente sont interdits.
Les essais pilotes sont fermés aux non-résidents
L'ordonnance suisse réserve la participation aux adultes domiciliés dans le canton où se déroule l'essai, déjà consommateurs, inscrits et suivis par l'équipe de recherche. Pour SCRIPT, le recrutement est clos depuis août 2025. Un visiteur français n'y a aucun accès.
Un produit légal en Suisse peut être un stupéfiant en France
La Suisse autorise le chanvre à moins de 1 % de THC. La France fixe le plafond à 0,3 % par l'arrêté du 30 décembre 2021. Une fleur ou une huile de cannabidiol achetée légalement en Suisse, titrée par exemple à 0,6 % de THC, dépasse le seuil français. Au passage de la frontière, elle relève de la législation française sur les stupéfiants.
Le portail ch.ch le signale lui-même : des pays voisins appliquent une teneur maximale en THC plus faible.
Importer du cannabis est une infraction
La douane française classe les drogues parmi les marchandises interdites. Selon le site du gouvernement, l'usage de stupéfiants est puni jusqu'à un an d'emprisonnement et 3 750 euros d'amende. L'amende forfaitaire a été portée à 500 euros par la loi du 18 août 2026. Le transport et le trafic sont punis jusqu'à dix ans d'emprisonnement. Au volant, la seule présence de THC dans l'organisme suffit à caractériser l'infraction, sans seuil minimal.
| Point de comparaison | Suisse | France |
|---|---|---|
| Seuil de THC du chanvre non stupéfiant | Moins de 1 % | 0,3 % au maximum |
| Usage de cannabis au THC | Interdit. Amende de 100 francs pour un adulte | Interdit. Jusqu'à un an d'emprisonnement et 3 750 euros d'amende ; amende forfaitaire de 500 euros depuis le 20 août 2026 |
| Vente encadrée à des fins non médicales | Uniquement dans les essais pilotes scientifiques, pour les résidents inscrits | Aucune |
Avant de franchir une frontière avec un produit au chanvre, lis son certificat d'analyse et vérifie la teneur en THC mesurée par le laboratoire. Au-dessus de 0,3 %, il n'a pas sa place dans tes bagages vers la France, quelle que soit sa légalité dans le pays d'achat.
Pour le détail des règles françaises, lis notre guide du cadre légal du CBD en France en 2026. Si tu te déplaces, vois aussi : voyager avec du CBD et combien de CBD on peut transporter.
Questions fréquentes
Le cannabis est-il légal en Suisse en 2026 ?
Non. Le cannabis contenant 1 % de THC ou plus reste un stupéfiant interdit, et sa consommation expose un adulte à une amende de 100 francs. Seuls des essais pilotes scientifiques, possibles depuis le 15 mai 2021, permettent une vente encadrée à des participants inscrits.
Que montrent les premiers résultats de l'étude SCRIPT ?
Cet essai randomisé porte sur 1 177 adultes déjà consommateurs, dans neuf pharmacies de Berne, Bienne et Lucerne. Après six mois, les auteurs ne relèvent pas de variation notable de la fréquence de consommation. La part de personnes consommant uniquement en fumant passe de 78 % à 58 % dans le groupe avec accès, contre 82 % à 78 % dans le groupe témoin. Ces résultats sont préliminaires.
Un Français peut-il acheter du cannabis en pharmacie en Suisse ?
Non. Les essais pilotes sont réservés aux adultes domiciliés dans le canton concerné, déjà consommateurs et inscrits dans l'étude. Rapporter du cannabis en France constitue une infraction à la législation sur les stupéfiants.
Peut-on ramener en France du CBD acheté en Suisse ?
Le risque tient au taux de THC. La Suisse autorise le chanvre à moins de 1 % de THC, la France plafonne à 0,3 %. Un produit situé entre ces deux seuils est un stupéfiant au regard du droit français.
Quand la Suisse pourrait-elle adopter une loi sur le cannabis ?
Aucune date n'est fixée. La commission compétente du Conseil national a décidé le 8 mai 2026 de faire remanier l'avant-projet par sa sous-commission. Le rapport SCRIPT mentionne une entrée en vigueur au plus tôt en 2031.
En résumé
En octobre 2026, le cannabis au THC reste interdit en Suisse hors essais pilotes scientifiques. L'étude SCRIPT, menée dans neuf pharmacies auprès de 1 177 adultes déjà consommateurs, publie des résultats à six mois : fréquence de consommation stable, recul de la consommation uniquement fumée dans le groupe avec accès (de 78 % à 58 %), recours persistant au marché illicite. Ces données sont préliminaires et non relues par des pairs. Le projet de loi fédérale a été renvoyé en sous-commission le 8 mai 2026. Pour un Français, rien ne change : essais fermés aux non-résidents, seuil de THC de 0,3 %, cannabis classé stupéfiant.