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  • La Canebière à Marseille descendant vers le Vieux-Port, cordage de chanvre au premier plan, article du Journal Calm&Co
  • Canebière et chanvre : l'origine du nom de l'avenue de Marseille

    Calm&Co


    La Canebière doit son nom au chanvre. Le mot vient du provençal canebe, « chanvre », lui-même issu du latin cannabis. Une canebiera, c'est une chènevière : en français, un champ de chanvre. L'Office de tourisme de Marseille rattache ce nom au commerce de cette plante, qui a longtemps fait la richesse de la ville, et aux cordiers installés là depuis le Moyen Âge. Rien à voir, donc, avec une réputation sulfureuse. Pendant des siècles, cette fibre a été à Marseille une matière première stratégique : sans elle, pas de cordages, pas d'élingues, pas de gréement pour les navires à voile. Un port de galères en avait besoin en permanence. Cet article retrace cette histoire à partir de sources consultées une à une : l'étymologie, la naissance de la rue sous Louis XIV, l'arsenal des galères, le boulevard de la Corderie, puis le déclin de la filière. Quand les sources divergent, et elles divergent sur plusieurs dates, on te le dit. On termine par ce qu'est le chanvre aujourd'hui : une culture agricole légale et encadrée, dont la France est le premier producteur européen.

    D'où vient le nom « Canebière » ?

    Le nom se lit en trois étages. Le latin cannabis désigne la plante. Le provençal en a tiré canebe, le chanvre. Et canebiera nomme le lieu du chanvre : la chènevière.

    Cette étymologie fait consensus. L'Office de tourisme de Marseille la donne telle quelle. L'Encyclopædia Britannica parle d'une déformation d'un mot latin désignant le chanvre. Le média local Made in Marseille remonte lui aussi du provençal canebe au latin cannabis.

    Le mot français « chanvre » et le mot « cannabis » ont donc la même racine. C'est la même espèce botanique, Cannabis sativa. Ce qui sépare aujourd'hui la plante agricole du stupéfiant, c'est la variété cultivée et son taux de THC, pas le nom. On détaille ce point dans notre article sur la différence entre chanvre et cannabis.

    À retenir

    Canebière = chènevière. Le nom vient du provençal canebe (chanvre), issu du latin cannabis. Il rappelle une activité économique, la fibre et la corde, pas un usage récréatif.

    Champs, cordiers ou négoce : ce que disent vraiment les sources

    Sur le sens du mot, tout le monde est d'accord. Sur ce qu'il désignait concrètement à cet endroit, les sources ne racontent pas tout à fait la même chose. On peut distinguer trois lectures.

    La lecture littérale : un champ de chanvre

    C'est le sens premier du mot. Plusieurs présentations grand public en déduisent que du chanvre poussait près du port. Aucune des sources institutionnelles que nous avons consultées n'apporte de preuve d'une culture à cet endroit précis. À prendre comme le sens du mot, pas comme un fait établi.

    La lecture artisanale : les cordiers

    Une fiche de l'Office de tourisme indique que le nom perpétue le souvenir des cordiers installés là depuis le Moyen Âge. Un carnet de balade urbaine édité en 2017 par la Compagnie des rêves urbains situe leurs ateliers dans le bas de la rue.

    La lecture commerciale : un grand comptoir

    Une autre page de l'Office de tourisme rattache le nom au commerce du chanvre. Elle présente Marseille comme l'un des plus importants comptoirs de chanvre au monde, fournisseur de cordages et d'élingues pour les voiliers. Britannica évoque de son côté une ville source de chanvre et de cordes au Moyen Âge.

    Ces trois lectures ne s'excluent pas. Mais retiens la nuance : l'explication la mieux attestée par les sources institutionnelles est celle des cordiers et du négoce.

    Erreur fréquente

    Affirmer que la Canebière était « un champ de cannabis ». Le mot désigne bien une chènevière, mais les sources sérieuses parlent surtout de cordiers et de commerce de fibre. Et ce chanvre-là intéressait pour sa tige, dont on tire la fibre, pas pour ses effets.

    Une rue née de l'agrandissement de Louis XIV

    La rue elle-même est bien plus récente que le mot. Selon l'Office de tourisme, elle est ouverte lors de l'agrandissement de Marseille ordonné par Louis XIV en 1666. Elle ne va alors que du cours Saint-Louis à l'arsenal des galères : 250 mètres de long pour 11 mètres de large.

    Elle ne touche donc pas encore le port : l'arsenal lui barre le passage. La voie n'est prolongée jusqu'au Vieux-Port qu'en 1785.

    Le visage actuel date surtout du XIXe siècle et du Second Empire. À la fin des années 1920, la Canebière absorbe la rue de Noailles et les allées de Meilhan. Elle court depuis sur environ un kilomètre, du Vieux-Port à l'église des Réformés.

    Date Événement Source
    1666 Agrandissement de Marseille ordonné par Louis XIV, ouverture de la rue Office de tourisme de Marseille
    1671 Premières maisons Made in Marseille
    1727 Plantation d'arbres, la rue devient promenade Made in Marseille
    1743-1751 Immeubles entre la rue Saint-Ferréol et le cours Saint-Louis, commerces de luxe Office de tourisme de Marseille
    1785 Prolongement jusqu'au Vieux-Port après la désaffectation de l'arsenal Office de tourisme de Marseille
    1857 Le conseil municipal fixe la largeur à 30 mètres Made in Marseille
    1927 ou 1928 Réunion avec la rue de Noailles et les allées de Meilhan Office de tourisme, AFP
    2007 Retour du tramway Office de tourisme de Marseille
    Bon à savoir

    1927 ou 1928 ? Les deux dates circulent, parfois sur la même page de l'Office de tourisme. L'AFP retenait 1927 lorsque l'avenue a fêté ses 90 ans en 2017. On peut lire 1927 comme l'année de la réunion des trois voies et 1928 comme celle de son officialisation, sans que les sources consultées le précisent.

    Galères et arsenal : pourquoi Marseille avait besoin de chanvre

    Un navire à voile ou à rames est une machine de bois, de toile et de corde. Amarres, élingues, cordages de manœuvre : tout cela se fabrique alors en chanvre. Un port qui arme des navires consomme donc de la fibre toute l'année.

    Or Marseille est le port des galères du roi. L'Office de tourisme fait remonter les « Arcenaulx » à la fin du XVe siècle : Charles VIII y fait construire un premier abri à galères en 1488. Deux siècles plus tard, le chantier change d'échelle.

    Le grand arsenal de Louis XIV

    Louis XIV vient à Marseille en 1660. En 1665, il ordonne la construction d'un arsenal sur le port, rapporte Made in Marseille, qui en attribue l'édification à Colbert. Vers 1690, une quarantaine de galères y sont basées.

    L'Office de tourisme date l'achèvement de l'ensemble de 1707. L'arsenal peut alors accueillir 40 galères et 8 000 forçats. C'est contre ce vaste enclos que butait la première Canebière.

    1748 : la fin des galères

    En 1748, Louis XV signe l'ordonnance qui réunit le corps des galères à la marine royale. L'arsenal est désaffecté après le départ des galériens vers Toulon. Ce départ est daté de 1748 ou de 1749 selon les sources.

    Les bâtiments se dégradent puis sont démolis dans les années 1780. Un seul pavillon subsiste, au 23 cours d'Estienne-d'Orves. Le terrain libéré permet à la Canebière de rejoindre enfin le port.

    La présence d'une corderie à l'intérieur même de l'arsenal est souvent mentionnée. Nous n'avons pas pu la vérifier sur une source institutionnelle : on ne l'affirme donc pas ici.

    Le boulevard de la Corderie, l'autre trace du chanvre

    La Canebière n'est pas le seul nom de voie marseillais à garder la mémoire de la corde. Sur la rive sud du port, dans le 7e arrondissement, le boulevard de la Corderie raconte la même histoire.

    Un document du ministère de la Culture indique que la corderie qui a donné son nom au site figure sur des plans des années 1820. Elle se trouvait entre le boulevard et le rempart d'époque Louis XIV. Elle a été démolie au cours de la décennie 1970-1980.

    Ce rempart date de l'agrandissement de 1666. Il a été élevé par Nicolas Arnoul sur ordre du roi, rappelle Made in Marseille. On lit souvent que les cordiers se sont installés à son pied parce que leur métier demandait de longues bandes de terrain. Nous n'avons pas trouvé de source institutionnelle qui date cette installation : l'explication reste plausible, pas démontrée.

    Le site a refait parler de lui en 2017, quand des vestiges d'une carrière antique de calcaire y ont été mis au jour. Le ministère de la Culture a annoncé le classement de 635 m² de ces vestiges au titre des monuments historiques le 13 septembre 2018.

    Le déclin : vapeur, coton et fibres synthétiques

    À Marseille, le chanvre a suivi le sort de toute la filière française. Les chiffres nationaux sont parlants.

    Selon le guide de culture 2026 de l'institut technique Terres Inovia, les surfaces atteignent environ 176 000 hectares à leur apogée, au XIXe siècle. Les deux grands débouchés sont alors la papeterie et la marine à voile. En 1960, il ne reste que 700 hectares.

    Le même document donne trois causes : l'essor du coton, celui des fibres synthétiques, et la marine à moteur. Un navire à moteur se passe de voiles et d'une bonne partie du gréement.

    Pour Marseille même, nous n'avons pas trouvé de chiffre vérifiable sur le nombre de cordiers ou la date de fermeture des dernières corderies. Ce qui est sûr, c'est que la Canebière change de rôle. Entre 1860 et l'entre-deux-guerres, rappelle l'AFP, elle devient l'avenue des grands hôtels et des cinémas. Du chanvre, il ne reste que le nom.

    Le chanvre aujourd'hui : une culture légale et encadrée

    La plante n'a pas dit son dernier mot. À partir des années 1970, la filière française se reconstruit, d'abord grâce aux marchés papetiers. En 2024, la France cultive 24 635 hectares de chanvre, selon Terres Inovia. Cela représente 46 % des surfaces européennes et le deuxième rang mondial, derrière la Chine.

    L'interprofession InterChanvre recense environ 1 850 producteurs. Les débouchés ont changé : papiers spéciaux, béton et laines isolantes pour le bâtiment, plasturgie, textile, graines pour l'alimentation. Tu en trouveras un tour d'horizon dans notre article sur les usages du chanvre.

    Ce que la loi autorise

    Cette culture est strictement encadrée. Seules des variétés inscrites au catalogue, dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,3 %, peuvent être cultivées. Les semences doivent être certifiées. C'est le cadre fixé par l'arrêté du 30 décembre 2021, que l'on détaille dans notre page sur les variétés autorisées en France.

    Le 29 décembre 2022, le Conseil d'État a annulé l'interdiction de vendre les fleurs et les feuilles brutes de ces variétés. C'est de ces plantes que provient le cannabidiol, l'un des cannabinoïdes du chanvre. Ce composé n'est pas un médicament. Pour l'ensemble des règles, vois notre guide de la législation française en 2026.

    De la Canebière à notre boutique CBD de Marseille

    Marseille a vécu du chanvre pour ses cordes. La plante y revient aujourd'hui sous d'autres formes, issue de variétés autorisées et contrôlée en laboratoire.

    La boutique Calm&Co de Marseille n'est pas sur la Canebière mais à Mazargues, au 77 boulevard de la Concorde, dans le 9e arrondissement. Elle est ouverte du lundi au samedi, de 10 h à 14 h et de 15 h à 19 h. Téléphone : 09 70 66 90 78. Le conseil s'y fait sur place, produit en main. Toutes les informations pratiques sont sur la page de notre boutique CBD à Marseille, et notre article sur le sud de Marseille, de Mazargues à la Pointe-Rouge situe le quartier. Pour venir : itinéraire Google Maps.

    Conseil Calm&Co

    Le chanvre d'hier se jugeait à la solidité de la corde. Celui d'aujourd'hui se juge sur pièces : demande toujours le certificat d'analyse du lot, qui indique le taux de THC mesuré par un laboratoire. En boutique, on te le montre et on t'explique comment le lire.

    Questions fréquentes

    Que veut dire « Canebière » ?

    Le mot vient du provençal canebiera, qui signifie chènevière, c'est-à-dire un lieu planté de chanvre. Il dérive de canebe, le chanvre, issu du latin cannabis.

    Y avait-il vraiment des champs de chanvre sur la Canebière ?

    Aucune des sources institutionnelles que nous avons consultées ne le prouve. Elles rattachent le nom aux cordiers installés là depuis le Moyen Âge et au commerce de la fibre. Le champ, c'est le sens du mot, pas un fait documenté pour ce lieu.

    Pourquoi Marseille avait-elle besoin de chanvre ?

    Pour ses navires. Cordages et élingues étaient en chanvre, et Marseille abritait l'arsenal des galères du roi, capable d'accueillir 40 galères au début du XVIIIe siècle.

    D'où vient le nom du boulevard de la Corderie ?

    D'une corderie qui figure sur des plans des années 1820, d'après le ministère de la Culture. Elle se trouvait entre le boulevard et le rempart de Louis XIV, et a été démolie au cours de la décennie 1970-1980.

    Canebière et cannabis ont-ils la même origine ?

    Oui, les deux mots viennent du latin cannabis. La loi française distingue en revanche le chanvre agricole, issu de variétés autorisées à 0,3 % de THC au plus, du cannabis classé comme stupéfiant.

    Le chanvre est-il encore cultivé en France ?

    Oui. Avec 24 635 hectares en 2024, la France est le premier producteur européen, selon Terres Inovia. La culture reste limitée aux variétés autorisées et aux semences certifiées.

    Où se trouve la boutique CBD Calm&Co à Marseille ?

    Au 77 boulevard de la Concorde, 13009 Marseille, à Mazargues. Elle est ouverte du lundi au samedi, de 10 h à 14 h et de 15 h à 19 h. Toutes les informations sont sur la page de notre boutique CBD à Marseille.

    En résumé

    La Canebière porte le nom du chanvre : canebe en provençal, cannabis en latin. Les sources s'accordent sur l'étymologie et rattachent le nom aux cordiers et au négoce de la fibre plutôt qu'à un champ attesté. La rue naît de l'agrandissement de 1666, bute sur l'arsenal des galères, puis rejoint le port en 1785. Le boulevard de la Corderie garde la même mémoire. La marine à moteur, le coton et les fibres synthétiques ont fait reculer la plante, tombée à 700 hectares en France en 1960. Elle est revenue : culture légale, variétés autorisées, THC limité à 0,3 %. À Marseille, l'histoire se lit toujours sur les plaques de rue.